À contre-courants
Steampunk et autres dérives culturelles de l'imaginaire par Lord Orkan Von Deck
samedi 22 septembre 2012
The Hobbit : nouveau trailer
Les quelques lecteurs de ce blog, ermites ou bien vénusiens seront heureux d'apprendre ce que l'humanité entière sait déjà : le film de Peter Jackson est en route, et un nouveau trailer nous l'a prouvé mercredi 19 septembre. Ou devrait-on dire "les films" puisque le réalisateur a décidé de scinder l'histoire en 2. En 3 selon quelques rumeurs. Toujours est-il que c'est à mon sens une mauvaise interprétation de tolkien que de porter Bilbo à l'écran en deux films. Un seul aurait largement suffit. Mais regardons tout de même ces images, ça promet !
mercredi 19 septembre 2012
La couette de l'oubli, Donjon de Naheulbeuk, par John Lang
Je vous parlais il y a quelques temps de la grande saga du Donjon de Naheulbeuk. Depuis maintenant 10 ans, je me considère comme un « fan » de la série de John Lang, alias « Poc » (mean « Pen of Chaos »). Il se trouve que depuis quelques années, l'auteur de cette fantastique série d'aventures mp3 s'est aventuré dans le monde du livre. Une fois la porte de la bande dessinée ouverte (et bien ouverte vu les ventes incroyables que ces histoires génèrent), il n'a pas fallu beaucoup de temps à John Lang pour monter son propre modèle économique, basé sur une grande quantité de produits gratuits et téléchargeables sur internet, carotte pour stimuler l'achat de produits payants. Il peut désormais en vivre, et c'est une excellente chose. Mais l'auteur est il aussi bon à la plume qu'au micro ?
"Jouez hautbois, résonnez trompettes, les héros du Donjon de Naheulbeuk reprennent du service ! Ils se croyaient sortis d'affaire après avoir rempli leur contrat... Que nenni ! En rapportant à leur commanditaire, le sorcier Gontran Théogal, la douzième statuette de Gladeulfeurha, ils ont oeuvré à leur insu pour l'avènement de Dlul, le dieu du sommeil et de l'ennui, qui menace d'engloutir le monde dans la Grand couette de l'Oubli Éternel. Il va bien falloir que quelqu'un s'y colle, mais entre les guerres de religion qui agitent les terres de Fhang, les objectifs incertains des oracles et le déplorable humour du nain, ça s'annonce compliqué !"
Ce roman fait suite aux deux saisons d'aventures mp3 que j'ai eu le plaisir d'écouter. Le roman, de par sa plume et de par l'intelligence dégoulinante de son auteur, n'est pas long à offrir quelques bonnes promesses. A peine 2 pages et je suis déjà mort de rire. Une écriture à la Pratchett qui, même si on ne peut bien évidemment pas la mettre au même niveau, devrait me contenter et me pousser à acheter les deux autres romans sortis par la suite. C'est la suite tant attendue de ce que j'ai écouté maintes et maintes fois, et j'ai enfin eu l'occasion de prendre le plaisir de découvrir la suite des aventures d'un groupe de minables perdus dans une caricature de monde Médiéval-Fantastique.
Seulement, malgré tout mon engouement pour ce roman, j'ai vite connu une baisse de dynamisme au fil de ma lecture. Ma soif de connaître la suite, de découvrir les terres de Fangh et ses habitants, tout celà s'est retrouvé atténué par une certaine mollesse. Je ne dis pas que l'histoire manque d'humour : elle en regorge. Cependant, je trouve que les personnages rencontrés au gré des aventures ne sont pas assez marquant, les péripéties sont parfois assez mornes, si bien qu'on se retrouve à la fin d'un roman avec au final pas grand chose à raconter. A part quelques évènements marquants (guerre de religions, voyage sur un fleuve, échauffourées dans la plus grande ville du monde), l'histoire m'a au final laissé assez neutre.
Le talent de l'auteur n'est plus à justifier : John Lang sait raconter des histoires. Cependant, en passant de l'aventure mp3 au roman codifié, il s'est à mon avis compromis et a fait perdre des éléments importants de son récit. D'un côté, il a gardé quelques principes du mp3 qui sont à la longue lassant quand on connait déjà par coeur les personnages (je parle des bulletins cérébraux des protagonistes) ; d'un autre côté il s'approprie des codes de la narration écrites qui ralentissent le rythme auquel on pouvait être habitués à l'écoute des ses récits oraux.
La qualité est là, cependant, tout le problème revient au difficile équilibre d'un ouvrage en équilibre entre deux style de narrations très différents : l'écrit et l'oral.
Lire l'avis de Xapur
Pour finir, je vous propose une petite pause jeu de rôle, avec John Lang dans feu le GoldenShow.
Lire l'avis de Xapur
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Pour finir, je vous propose une petite pause jeu de rôle, avec John Lang dans feu le GoldenShow.
dimanche 16 septembre 2012
Uchronia : retour d’expérience d'un jdr steampunk
J'avais déjà mentionné sur ce blog l'existence d'un jeu de rôle steampunk qu'on trouve gratuitement sur le net et qui foisonnent d'idées recueillis dans un vaste univers littéraire et cinématographique se rapprochant énormément de l'univers qui m’intéresse. Je convie tous les rolistes et non-rolistes à s’intéresser eux aussi à Uchronia 1890
J'ai eu l'occasion l'année dernière d'être maître du jeu pendant une petite semaine de vacances pour un scénario d'introduction à cet univers steampunk. Au programme :
- 1 gros week end de jeu intensif (du vendredi après midi au dimanche fin d'après midi)
- 2 ou trois petites parties dans la semaine qui suivit, en comité plus restreint
- 7 joueurs en tout
- un nombre incalculable de bière et de pizzas
Si les débuts ont été un peu difficiles (trop de temps passé à expliquer les règles et présenter les PNJ, l'univers et mon degré de tolérance en tant que MJ), la relance de la partie du samedi matin a été mieux réussie : les joueurs se sont bien imprégnés des enjeux du scénario, ils ont commencé à faire vraiment forces de proposition, ont tenté de construire avec les PNJ des relations particulières. Le principal avantage que j'ai trouvé à jouer dans cet univers, c'est que les joueurs maitrisent les codes du XIXème siècle et ne sont pas trop dépaysés. Ils ont donc plus de facilité à incarner un rôle de composition (j'ai eu notamment un anarchiste, un prolétaire, un vieux chasseur de baleine, un narcotraficant chinois, et et enfin un vieux Lord ayant servi aux colonies).
Niveau règles, la prise en main n'est pas très complexe : les personnages ont choisi des atouts qui leurs permettent selon la situation de jeter un dés de plus, ce qui leur permet de réussir plus facilement une action. Au départ, il y a 3D6 à lancer, et selon les atouts, les bonus et les malus, on rajoute et on retire des dés. Les seuils à atteindre pour une action sont de 10, 15 ou 20 selon la difficulté. Lors d'une confrontation, un duel au dés doit départager les adversaires, et la réussite du coup porté dépend de l'écart du score par rapport à l'adversaire : si vous faites +5 par rapport à l'ennemi, vous lui mettez une mandale. +10, et il se casse un bras. +15 : il es désormais manchot, boiteux et grabataire. Si les règles sont très simples et permettent d'accentuer le jeu sur le roleplay, j'ai tout de même trouver que c'est un peu trop facile pour ce qui est combat. Il suffit de bien se débrouiller au niveau de la création du personnage, et on se retrouve avec un bourrin intuable qui lance 7 dés à 6 faces à chaque fois qu'il tape. Et je dois aussi dire que ces règles rendent l'échec critique, l'epic fail extrêmement improbable. Or, tout MJ adore qu'un de ses joueurs glisse sur une peau de banane ou tire dans le bras d'un amis. Il faudrait que je trouve des alternative à ces règles pour majorer un peu la difficulté. Pourquoi pas utiliser des cartes ? ça mérite que j'y réfléchisse pour une prochaine fois.
Niveau scénario, j'ai complètement abandonné la trame proposée par Uchronia 1890. Même si dans la forme, les joueurs font sensiblement la même chose, j'ai modifié toutes les lignes de fond, tous les enjeux et éléments qui formaient la toile d'uchronia 1890. Je trouvais que le scénario était trop "complot et machination" et pas assez steampunk. J'ai donc repris quelques objets du scénario (personnages, histoires,e tc) et je les ai transposé dans un univers beaucoup plus racé et uchronique. Dans un Londres gigantesque, nos héros se retrouvent en mars 1884 à l’enterrement d'un éminent scientifique dont le bateau a fait naufrage. Les héros se voient devenir légataire de la fortune de ce professeur un peu farfelu, mais aussi de sa mission. Ils intègrent donc un bureau secret commandé par différents hommes forts de l'empire. Leur but : contrôler toutes les dérives induites par l'apparition de l'éther, une nouvelle forme d'énergie extrêmement puissante qui peut avoir des effets secondaires et stimuler la jalousie et la convoitise des grandes puissances de ce monde. Nos héros devront faire face aux nombreux obstacles et aux organisations qui se mettent en travers de leur chemin.
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jeudi 13 septembre 2012
La ville steampunk : entre Utopie et Uchronie
L'hiver dernier, le magazine "Lire au Lycée Professionnel" publiait un article de moi sur le thème du steampunk. Le sujet de ce numéro était "la ville". Sachant que professionnellement, je suis aménageur du territoire, j'ai trouvé cela très interessant de relier ma passion (le steam) avec l'urbanisme. Bonne lecture.
L'uchronie est au temps ce que l'utopie est au lieu : c'est littéralement un "non-temps". Ce néologisme consiste en un exercice de réécriture de l'Histoire où l'on modifie juste un petit événement dans le passé et où l'on réfléchit à toutes les conséquences que cela aurait pu provoquer. Ce roman repose sur l'éventualité où l'inventeur Charles Babbage serait parvenu à construire sa "machine à différence", un ancêtre de l'ordinateur muni de rouages et de leviers. À partir de cette innovation extraordinaire se serait déroulée une histoire alternative où l'apparition précoce de l'ordinateur mécanique aurait décuplé le potentiel de la révolution industrielle. C'est dans ce contexte fictionnel que nous allons suivre des personnages totalement dépassés par ce monde fou.
- Steampunkn une esthétique, un genre, un courant
- La mégapole, terreau du steampunk
- Pistes de lecture
La ville steampunk, entre utopie et uchronie
"Ce que j'ai écrit sera réalisé à la fin du siècle."
Jules Verne
Steampunk, une esthétique, un genre, un courant
Derrière ce terme assez inintelligible se cache un univers tout à fait fascinant : le steampunk s'approprie l'ambiance et les codes de la fin du XIXe siècle et du début du XXe pour y ajouter une touche originale et fantaisiste, recyclant et déformant la réalité du passé. Il y a d'un côté le Steam ("vapeur" en anglais) qui évoque la société victorienne, la révolution industrielle basée sur la machine à vapeur, la IIIe République, etc. À cela on appose le Punk, l'élément discordant, improbable et dissonant : la touche de fantaisie qui change tout. Imaginons par exemple la Grande-Bretagne de la reine Victoria si l'industrie et l'énergie à la vapeur avait été poussées à leurs paroxysmes : les hommes auraient-ils alors conduit des voitures à vapeur ? Aurait-on vu des automates mécaniques travailler dans les usines ? Emprunterait-on le dirigeable pour se rendre à une réception de gentlemen ?
En somme, le steampunk est la continuité moderne de l'oeuvre de Jules Verne et de H.G. Wells, considérés comme les fondateurs du genre. Ces auteurs d'anticipation ont en effet imaginé le voyage dans le temps, l'exploration de la lune ou encore les périples du Nautilus. Ce qui nous intéresse ici, c'est la façon dont leur futur (notre présent) était envisagé autrefois. Souvent kitsch, parfois caricatural, cette vision archaïque du futur est qualifiée de "Rétro-futurisme". Il y a tant d'acceptations pour le steampunk qu'il en devient difficile à définir, mais on peut toutefois dire qu'il s'agit du passé tel qu'il se serait déroulé si le futur était arrivé plus tôt.
Ce concept légèrement alambiqué n'aurait jamais germé si trois auteurs de Science Fiction n'avaient pas eu l'idée saugrenue dans les années 80 de se lancer dans l'écriture de style de la fantaisie historique : cela consistait à pasticher les auteurs d'époque en joignant au style rétro une trame narrative délurée. Pour K.W. Jeter, James Blaylock et Tim Powers, le terme de steampunk n'était alors qu'une boutade, rien de bien sérieux. Ils n'étaient alors pas conscients d'avoir impulsé des deux côtés de l'Atlantique un véritable courant qui stimule aujourd'hui encore la créativité, qu'elle soit littéraire ou non.
L'intérêt du steampunk dépasse largement la pure lecture récréative. En effet, son aptitude à mettre en exergue certains éléments relatifs au XIXe siècle permet de soulever des sujets d'étude passionnants. L'ère de la vapeur est avant tout le siècle du progrès, de l'évolution technologique et de la découverte scientifique; se replacer dans son contexte permet donc de revenir à la source des fondamentaux contemporains. Il s'agit à la fois du siècle du positivisme, de la conviction en l'amélioration de la condition humaine, de la foi en la science, la construction et un avenir meilleur, mais aussi du siècle du scepticisme qui a amené le monde à la première guerre mondiale, à l'auto-destruction, avec ses déséquilibres et ses inégalités.
Le XIXe siècle est aussi un sujet particulièrement riche pour les sciences humaines. D'un point de vue socio-économique, le steampunk aime mettre en avant les logiques de castes : une noblesse vieillissante, une bourgeoisie opportuniste en pleine ascension, mais aussi un prolétariat désœuvrés et exploité. On entre donc foncièrement dans une dimension politique avec d'un côté l'expansion économique, et les révolutions prolétariennes de l'autre : la montée du libéralisme face à la naissance du socialisme.
La mégapole, terreau du steampunk
En grossissant fictivement les traits du passé, le steampunk met en avant un monde plein de contradictions, à la fois ancien et moderne. C'est d'ailleurs dans l'univers urbain que son esthétique s'exprime le mieux. On aime généralement prendre l'exemple des mégapoles de Londres et Paris, capitales au patrimoine urbain très riche. En exagérant l'urbanisation et l'invasion démographique sur le Londres victorien et le Paris haussmannien, on peut imaginer la ville monstrueuse et tentaculaire, fourmillante de vie et pourtant si morbide, aussi rayonnante que crasseuse.
La ville du steampunk, c'est cet entassement de vies et de constructions, cette complexité et ce gigantisme qui lui donne presque une personnalité.
Un des éléments récurrents dans toutes les oeuvres approchant de près ou de loin le steampunk, c'est la verticalité. La ville est si gigantesque, si dense et si peuplée que ses immeubles se développent en hauteur, érigeant sur plusieurs dizaines d'étages des strates de bâtiments tous différents les uns des autres. L'urbanisation est alors une parfaite anarchie mais elle ne manque néanmoins pas d'harmonie dans son éclectisme. Se superposent aussi plusieurs couches de passerelles et ponts métalliques, laissant alors tramways et trains passer aussi bien au dessus qu'en dessous des bâtisses. En perpétuelle mutation, certains verront dans cette cité montante une référence au mythe de la tour de Babel.
À cette verticalité urbaine s'ajoute bien évidemment une verticalité sociale, plus symbolique et dont la forme varie. Il s'agit d'une séparation hiérarchique et nette entre les différentes couches sociales de l'époque, et cette fracture s'exprime très clairement dans l'urbanisme de la ville. Au sein d'un immeuble type du Baron Haussmann, ce sont les plus défavorisés qui habitent des appartements de plus en plus hauts, petits et insalubres. À Paris comme à Londres, les quartiers les plus pauvres sont concentrés à l'Est car les vents chargés de vapeur de charbon issue des usines s'y orientent toujours. Le schéma le plus fréquemment utilisé est surement celui inspiré du film Metropolis de Fritz Lang (1927). Metropolis est une ville qui matérialise la lutte des classes, avec dans ses bas fonds des ouvriers harassés par un travail en usine inhumain, et dans la ville haute une classe de dirigeants oisifs vivants dans le luxe et l'insouciance. Le milieu urbain devient donc au travers de son urbanisme l'expression des paradoxes de sa société.
La verticalité s'exprime aussi par la conquête des cieux. Dans une époque de grandes découvertes, le steampunk utilise souvent le dirigeable comme principal symbole de l'exploration des milieux inconnus. La présence d'aérostats et d'aéronefs qui lévitent dans le ciel autour des immeubles est un des codes que l'on retrouve presque obligatoirement. Il en va de même avec l'exploration des milieux sous-terrains et sous-marins, inspirés du Voyage au centre de la terre et de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne. Le Nautilus est d'ailleurs un fameux véhicule que l'on imagine sans mal naviguer dans la Seine ou la Tamise.
Le steampunk, c'est aussi le goût du baroque surchargé, de l'abondance de détails architecturaux. La cité doit être aussi opulente en décors que l'exposition universelle de Paris en 1889. Son esthétique peut se décliner en plusieurs architectures : tout d'abord, il y a l'architecture industrielle, métallique et démesurée qui fait passer la ville pour une usine géante, mais on y trouve aussi en totale opposition les courbes et les couleurs de l'art nouveau, plein de dorures et ornements. Enfin, un troisième courant plus rare serait celui du néogothique, tout aussi impressionnant mais tout de même plus froid et sordide.
N'oublions pas que la ville, c'est aussi (à l'époque) l'épicentre de tous les vices et de toutes les dérives sociales : il y a donc toujours un moment pour dépeindre comme le faisait Charles Dickens les quartiers malfamés, ces ruelles pavées légèrement éclairées la nuit au bec de gaz. On y trouve des ivrognes rendus fous par l'absinthe en train de cuver dans le caniveau, des orphelins voleurs vivant dans l'insalubrité comme Oliver Twist, des bourgeois venus s'encanailler dans les bas fonds avec les prostituées des maisons closes. Et c'est dans cette ambiance putride, décadente et nocturne que plane un épais brouillard de pollution que les Londoniens appellent "smog". Bref, on se trouve dans un univers beaucoup plus mystérieux, sombre et terrifiant : c'est celui des faits divers sordides, celui de Jack l'éventreur.
Le XIXe siècle a été un véritable tournant en terme d'urbanisme puisque la planification urbaine a été dirigée par certaines idéologies de l'époque. Le courant hygiéniste a ainsi poussé les autorités à se préoccuper des conditions de vie insalubres des ouvriers : cette idéologie considère la misère et la malpropreté comme déterminantes de tous les vices et déviances sociales. C'est ainsi que l'on a mis en place le ramassage des détritus, qu'on a élargi les rues pour les aérer et que l'on a construit de vastes réseaux d'égouts (encore un monde sous-terrain plein de mystères !). Cependant, cette idéologie se rapproche très rapidement de la politique sécuritaire : aérer les rues oui, mais surtout pour empêcher les ouvriers de monter des barricades. L'amélioration des conditions de vie des ouvriers n'est pas véritablement de l'altruisme, c'est surtout la crainte des révolutions socialistes qui a poussé Bismarck à faire ses lois anti-socialistes et Napoléon III à lancer la restructuration de Paris. De la même manière, les grands patrons adeptes du paternalisme d'entreprise ont aussi fait construire des familistères, phalanstères hébergeant dans de bonnes dispositions les familles d'ouvriers tout en les surveillant. Dans Les Cinq Cents Millions de la Bégum, Jules Verne dépeint deux urbanismes utopiques totalement opposés : nous avons d'un côté Franceville, cité soumise à une planification précise, rectiligne et hygiénique où le cadre de vie et le vivre-ensemble sont des priorités. De l'autre, il y a Stahlstadt, une ville-usine construite dans l'unique but de produire des canons. Elle demeure secrète et dirigée d'une main de fer par un scientifique allemand. Dans l'écriture tout comme dans la disposition des villes, on ressent le manichéisme de Verne et son esprit revanchard. Sans demi-mesure, ces confrontations et exagérations idéologiques et urbaines sont du pain béni pour qui veut en faire une lecture sous le prisme du steampunk.
Pistes de lecture
Le steampunk est un sujet complexe car il est difficile à définir. Il est à la fois un genre et une esthétique, un exercice d'écriture comme un angle de lecture. Il se décline sous une infinité de formes et de médias, si bien qu'il est aujourd'hui un courant de créativité très en vogue, que ce soit dans la littérature, le cinéma, la mode vestimentaire ou bien le design. Pour certains aficionados, c'est même un état d'esprit, une vision du monde passéiste mais non réactionnaire. On peut observer un parallèle avec le courant gothique, bien que ce dernier se ridiculise de lui même en devenant un "style" caricatural.
Il est difficile de qualifier une oeuvre de steampunk ou non étant donné l'absence de définition stricte et la subjectivité de l'interprétation : on retrouve certains éléments, codes et stéréotypes dans toute sorte d'ouvrages, mais cela ne suffit pas pour dire d'eux qu'ils sont exclusivement steampunk. Ça n'est généralement qu'une touche, une ambiance que les gens apprécient sans pour autant savoir qu'il existe un nom pour désigner cette sensibilité. Voilà pourquoi le steampunk est toujours aussi inconnu, stigmatisé comme un "sous-genre de la Science Fiction", si complexe à appréhender sans tomber dans les clichés faciles. Le meilleur moyen pour s'en faire une idée est donc bien évidemment de s'intéresser à quelques ouvrages.

Steampunk ! L'esthétique Rétro-futur / Étienne Barillier
Les moutons électriques, 2010
Cet ouvrage de référence est le seul essai francophone réalisé jusqu'à maintenant. Il présente un panorama exhaustif des influences et des étapes de création traversées au cours des années. Très complet en textes et agrémenté d'images très parlantes, il nous apprend beaucoup sur la richesse métatextuelle et multimédia qu'offre le steampunk. Un travail très sérieux et indispensable pour approfondir ses lectures.

Dreamericana / Fabrice Colin
J'ai lu, 2003
Cet ambitieux roman nous raconte la vie d'un écrivain en pleine crise de la page blanche, un écrivain mondialement connu pour avoir créé une grande fresque steampunk, un XIXe siècle alternatif avec ses histoires d'espionnage et de politique. Mais l'écrivain en question traverse une crise d'identité et commence à confondre réalité et fiction, si bien qu'il finit par se demander si la réalité ne serait qu'une dimension altérée du monde qu'il croyait avoir créé. Cette mise en abime écrite d'une main de maitre par Fabrice Colin nous fait lorgner vers un univers passionnant et si complexe qu'on se demande s'il a été imaginé ou bien "vécu".
La ligue des gentlemen extraordinaires / Alan Moore et Kevin O'Neill
Éditions USA, 2001
Cette bande dessinée que nos voisins anglais appellent judicieusement "graphic novel" est un véritable chef d'oeuvre du courant tellement il est riche et concentré en références et codes du steampunk. Il met en scène un grand nombre de personnages de fictions de l'époque victorienne et les rassemble dans un syncrétisme explosif pour des aventures dignes d'un vieux roman-feuilleton. On (re)découvrira notamment Allan Quaterman (fameux pour son exploration des mines du roi Salomon), Mina Murray (issue de Dracula de Bram Stocker), l'homme invisible (du roman éponyme de H.G. Wells), Mister Hyde (inventé par Robert Louis Stevenson) et enfin le charismatique et mystérieux Nemo, rendu éternellement connu grâce à la plume de Jules Verne. Si la réputation de cette oeuvre souffre de sa médiocre adaptation au cinéma (transformant toute subtilité en cliché du film d'action hollywoodien), elle reste une très bonne lecture et surtout un excellent vecteur de la littérature populaire d'époque. Un recyclage réussi qui donne envie de se replonger dans ces classiques.
La machine à différences / W. Gibson et B. Sterling
Le livre de poche, 1990
L'uchronie est au temps ce que l'utopie est au lieu : c'est littéralement un "non-temps". Ce néologisme consiste en un exercice de réécriture de l'Histoire où l'on modifie juste un petit événement dans le passé et où l'on réfléchit à toutes les conséquences que cela aurait pu provoquer. Ce roman repose sur l'éventualité où l'inventeur Charles Babbage serait parvenu à construire sa "machine à différence", un ancêtre de l'ordinateur muni de rouages et de leviers. À partir de cette innovation extraordinaire se serait déroulée une histoire alternative où l'apparition précoce de l'ordinateur mécanique aurait décuplé le potentiel de la révolution industrielle. C'est dans ce contexte fictionnel que nous allons suivre des personnages totalement dépassés par ce monde fou.
La lune seule le sait / Johan Heliot
Situé entre l'uchronie et la science fiction, ce roman n'a pour personnage principal nul autre que Jules Verne ! Dans une France dominée par un Napoléon III tyrannique, l'écrivain des Voyages extraordinaires est un agent secret de la résistance républicaine. En s'inspirant d'une technologie extra-terrestre (lunaire pour être plus précis), la face du monde a tellement changé que tous les romans d'anticipation de Jules Verne sont désormais réalisables. Ce dernier va rencontrer des grandes figures de la contestation comme Victor Hugo et Louise Michel et partira en mission sur la lune comme il l'avait prédit dans De la Terre à la Lune.
Auteur : Lord Orkan Von Deck
lundi 10 septembre 2012
Le visiteur du Futur, nouvelles du front
Beaucoup d'informations ces derniers temps.
Le Guichet - Episode 9 par Orangefr
Tout d'abord, François Descraques va bientôt diffuser la troisième saison du Visiteur du Futur. Baptisée "les missionnaires", cette saison est entièrement financée par Ankama (qui pourtant avait lâche l'équipe du goldenshow comme j'ai pu vous le faire savoir récemment). On peut s'attendre à du gros poisson : les épisodes devraient tous être d'une durée de 13 minutes, et l'on retrouvera tous les personnages de l'équipe de la saison 2 ( Raph, le visiteur, Judith, Mathéo, Henri, Stella, etc...) Espérons que nous retrouverons aussi quelques membres de la famille Lombardi (que j'avais appréciée l'année dernière). Mais la super bonne nouvelle pour moi, c'est que Simon Astier (réalisateur d'Hero Corp au cas où vous l'ignoreriez encore) participera à cette saison, en tant qu'élément central du scénario. Pressé de voir ça ! La diffusion est prévue pour l'automne, en attendant, vous pouvez regarder le Teaser alléchant des futurs épisodes, ou encore acheter le DVd de la saison 2 qui vient tout juste de sortir !
Par ailleurs, je vous parlais aussi par ci par là de la série "Les opérateurs", toujours tournée par François Descraques avec son ami Slimane-Baptiste Berhoun (Henri dans le VDF), on devrait en apprendre un peu plus prochainement. on garde un oeil dessus. En attendant, regardez moi ce petit programme tourné par et avec Slimane-Baptise pour Orange sur le thème su cinéma. C'est simple, assez gentillet, mais parfois vraiment très drôle..
vendredi 7 septembre 2012
RIP Golden Show
Le Golden Show est mort. Après une saison entière de sketchs plein de guests, plein d'humour et de dérision, l'équipe formée par Davy Mourier, Monsieur Poulpe et François Descraques se sont vu remerciés par la production d'Ankama quelques jours avant la Japan Expo durant lequel un nouvel opus de l'emission devait être diffusée.
Après presque deux ans d'emission "J'irai loler su vos tombes", l'équipe avait décidé de ne faire plus que du tournage de sketchs. Tous n'étaient pas bons, mais certains étaient vraiment géniaux. Le second degrés, le burlesque et les parodies m'ont souvent amusé.
Aujourd'hui, que va t'il se passer pour l'équipe ? Difficile de savoir quels sont les projets qu'ils mènent. On en saura surement plus dans quelques semaines, une fois la rentrée entamée. François Descraques est toujours bien occupé avec ces deux séries : Les opérateurs, et le Visiteur du Futur. Davy Mourier joue d'ailleurs dans les opérateurs. Monsieur Poulpe a quant à lui laissé tomber sa carrière de chanteur dans la formation "Les rois de la suède". Que vont donc faire Poulpe et Davy ? on le saura surement très bientôt. Ce qui est sur, c'est qu'ils ne vont pas rester longtemps sans emplois.
Après presque deux ans d'emission "J'irai loler su vos tombes", l'équipe avait décidé de ne faire plus que du tournage de sketchs. Tous n'étaient pas bons, mais certains étaient vraiment géniaux. Le second degrés, le burlesque et les parodies m'ont souvent amusé.
Aujourd'hui, que va t'il se passer pour l'équipe ? Difficile de savoir quels sont les projets qu'ils mènent. On en saura surement plus dans quelques semaines, une fois la rentrée entamée. François Descraques est toujours bien occupé avec ces deux séries : Les opérateurs, et le Visiteur du Futur. Davy Mourier joue d'ailleurs dans les opérateurs. Monsieur Poulpe a quant à lui laissé tomber sa carrière de chanteur dans la formation "Les rois de la suède". Que vont donc faire Poulpe et Davy ? on le saura surement très bientôt. Ce qui est sur, c'est qu'ils ne vont pas rester longtemps sans emplois.
mercredi 5 septembre 2012
Noob, la websérie
Dans le monde de la webserie française, seules quelques productions peuvent retenir l'attention de l'internaute. En effet, on ne compte pas le nombre de tentatives des réalisateurs amateurs d'utiliser le web et ses portails vidéo pour se faire connaître du grand public. Actuellement, on peut compter véritablement 3 séries qui ont marqué leur passage. Les auteurs et comédiens ont réussi à se faire un nom, à devenir des célébrités lors d'événements tels que le Comic Con (= Japan expo), à voir leurs séries diffusées sur des chaines TV spécialisées ainsi que des DVD commercialisés partout en France. On a déjà parlé ici du Visiteur du Futur, et plus récemment de la Flander's Company.
Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de Noob, série de Fabien Fournier.
Noob, c'est quoi ? Noob, c'est une websérie de 4 saisons tournées et diffusées relatant les aventures d'un groupe de joueurs de MMORPG dans un univers baptisé "Horizon". L'histoire suit les aventures d'une guilde de joueurs nommé "Noob", une troupe de bras cassés composée d'Arthéon, chef charismatique souhaitant retrouver sa gloire d'antan, Omega Zell, joueur macho égocentrique, Gaea, magicienne cupide et fourbe, et enfin Sparadrap, adolescent prépubère con comme ses pieds.
Noob, ça ressemble à quoi ? La série est d'une part composée d'épisodes assez longs et travaillés, mais surtout en grand nombre. La plupart des scènes sont tournées dans la nature méditerranéenne ou dans des ruines, permettant ainsi de faire croire au spectateur que les acteurs sont dans un univers de MMORPG. Tous les éléments que l'on connait du MMO (interface graphique) sont présents en post-production, ce qui rend le paradoxe virtuel/réel particulièrement amusant. Le tout est graphiquement retravaillé pour donner une ambiance fantastique à la série. Des effets spéciaux en pagaille, des mises en scène de combats, etc...
Scénario : C'est là où ça pèche. L'auteur, réalisateur et comédien Fabien Fournier a voulu créer un univers de MMORPG et s'est surement laissé dépasser par le succès de sa série. Le concept était au depart interessant car particulièrement caricatural de l'univers du jeu en ligne, mauvaise expression de la littérature d'Heroic Fantasy que la plupart des joueurs ignorent. Il se trouve que face à son succès, la série est devenue moins autodérisoire. L'auteur a commencé à écrire des romans (chez Octobre rouge), des BD, faire des spinn-offs, mettre en place un vrai MMORPG. Bref, la série est victime de ses réussites : elle commence à décrire un monde qu'elle aurait du simplement pasticher. Au contraire, l'auteur finit par se prendre au sérieux et à vouloir présenter un univers, sa cosmogonie et son histoire. Et franchement, ça n'a strictement aucun intérêt.
Jeu d'acteurs : Franchement ? Minable. Désolé d'être franc, mais Noob n'est pas une série de talent, c'est une série de potes. Depuis 10 ans, ils tournent ensemble en faisant du cosplay, et moi je vois surtout une bande de trentenaires fans de manga un peu ridicules. Les comédiens jouent comme dans plus belle la vie, leurs dialogues sont lourds, emphasés et prévisibles. Bref, ça vole pas haut. Les personnages principaux, élevés à une notoriété de stars, sont en réalité des simples figurants à qui on a osé donner la parole.
En bref : Noob est à mon sens une mauvaise série. Les histoires sont assez nulles, les acteurs médiocres, et son succès est selon moi simplement due au fait que tous les adolescents fans de mmorpg n'avaient jusqu'à là jamais eu l'occasion de voir leur passion décrite dans une fiction. Cependant, en mettant mes gouts de côtés, je dois reconnaitre quelques talents à Fabien Fournier. Il a réussi d'une part à vivre de sa passion grâce au merchandising et à la diversification de son activité, il se montre très productif en termes de vidéos, et celles-ci sont tout de même vachement bien tournées et montées : noob est une série très belle à voir. Avec les moyens financiers en sa possession, l'équipe de noob parvient quand même à tourner des batailles épiques avec des centaines de figurants, elle fait de très beaux effets visuels, publie fréquemment des vidéos d'assez longue durée. Si bien que si la série n'a aucun interet au niveau de la narration et du jeu des comédiens, cela reste tout de même une jolie production. De plus, j'attire votre regard sur le phénomène de professionnalisation des réalisateurs amateurs : Fabien Fournier s'en sort très bien, c'est un pionnier qui est parvenu à trouver un modèle économique viable grâce à un microcosme de fans inconditionnels. Chapeau : j’espère que d'autres créateurs parviendront à obtenir un tel succès. Et peut être cette fois avec quelque chose d'interessant à raconter
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