jeudi 1 décembre 2011

Dreamericana, de fabrice Colin



Synopsis : Hades Shufflin est un célèbre écrivain américain surtout connu pour un cycle qu'il a débuté en 1981 portant le nom du "cycle d'Antiterra". Cette longue série de best-sellers retrace une véritable fresque steampunk d'un XIXème siècle alternatif où deux camps se battent le monde comme une partie d'échec : Les voyageurs et les gardiens. Ces romans sont tellement adorés que Stanley Kubrick lui même a l'intention de mettre à l'écran le futur opus dans une réalisation révolutionnaire. Sauf qu'Hades Shufflin, auteur blasé, a le syndrôme de la page blanche. Il est habitué à vivre son univers, à le sentir, puis à écrire automatiquement ce qui lui tombe à l'esprit. Et puis plus rien, le vide. Shufflin commence à traverser une crise d'identité très forte et sombre dans une forme de dépression, si ce n'est la folie. Que lui arrive t'il ? Certains éléments de son passé ne seraient-ils pas orchestré par les voyageurs et les gardiens ? Où est passé son premier amour ? Le héros de ses romans seraient-il son propre fils ? Ce genre de question ne cesse de le hanter, jusqu'au jour où ...




Introduction : Vous savez à quel point j'aime le travail de Fabrice Colin, et c'est donc naturellement que j'ai voulu lire ce roman, le plus steampunk de tous. Surement le seul roman qui parle de roman de steampunk. Cependant, les quelques chroniques trouvées ça et là sur internet ne sont pas tout à fait élogieuses. On entend généralement dire "le début est vraiment pas mal, super ambitieux, et puis la deuxième partie devient trop complexe, et on s'y perd un peu, on ne suit plus, on ne sais pas quoi comprendre". En effet, le roman est divisé en deux : la première partie est un corpus de documents racontant l'histoire et la crise de l'écrivain (on sait comment Colin aime déstructurer le roman et faire parler des personnages torturés), la seconde partie, c'est carrèment le roman dans le roman : il s'agit du roman steampunk que Shufflin doit écrire. Vous en dire trop à ce sujet serait vraiment dommageable pour les futurs lecteurs. Mais sachez que je ne suis pas de l'avis de Cédric Ferrand : J'ai autant aimé la fin que le début de ce roman. Ce n'est pas pour rien qu'il a reçu le grand prix de l'imaginaire 2004 (GPI comme dirait l'aut' !) ; ce n'est pas pour rien que notre ami Colin en a fait le nom de son site internet. Dreamericana est une tuerie. Hop ! Prends toi cette vérité absolue dans la gueule, lecteur !




Première partie.Le début du roman est assez sympathique : on a un pastiche de Thriller américain que Fabrice Colin maitrise en inversant les chronologies, en nous donnant plusieurs axes de lectures, en nous présentant des éléments qui nous semblent d'abord superficiels mais qui se révèlent finalement être fondamentaux. Même les dates sont importantes. Les descriptions. Les noms des gens. Tout à son importance car comme dans un rêve, ce que l'on phantasme est en fait l'expression évoluée d'une autre réalité. Bref, une première partie en tout point réussie (ne parlons même pas du style fluide, complet, sans tabou de l'auteur et de sa tendance à mettre plein de références partout). L'histoire d'un homme qui a tout mais qui sombre peu à peu dans la mélasse. Mais bien évidemment, cela n'aurait aucun intérêt si l'on ne pouvait pas lire la seconde partie qui est, il faut l'avouer, la raison pour laquelle on achète ce livre.


Le roman dans le roman.La deuxième partie du roman nous dépeint un monde correspondant parfaitement à un steampunk sans cliché. C'est un monde très étonnant où le XIXème siècle voit apparaître deux types d'entités : les voyageurs et les gardiens. Les voyageurs sont grosso modo des voyageurs du temps qui sautent de monde en monde pour retrouver la source même de la vie, l'origine de l'humanité. De l'autre côté se trouve les gardiens qui eux veulent à tout prix empêcher leurs ennemis de découvrir le vérité. Et tous se retrouvent bloqués dans le monde d'Antiterra que devient ainsi l'échiquier de ces deux forces qui vont manipuler, comploter et tenter d'avoir l'avantage sur l'autre. Le véritable enjeu immédiat pour les habitants d'Antiterra ? Rien de moins que la fin du monde. Et c'est dans cette lutte un peu obscure que l'on découvre un monde totalement fascinant, avec sa technologie avancée, sa géopolitique, ses guerres, sa propre histoire (divergence en 1851 si ma mémoire est bonne) et ses espions. D'un côté, il y a Dreamericana, une grande nation formée à partir des Etats Unis et de la Russie, ainsi que son alliée l'Angleterre. De l'autre, il y a l'Empire Allemand de bismarck ligué à la France de Napoléon III. Les tensions montent entre les hommes. Les voyageurs et les gardiens n'y sont pas pour rien. Autre élément fondamental : le monde est plongé depuis de nombreuses années dans une ère glaciaire terrible. Bref, il y a plein d'éléments très riches, plein de choses à découvrir sur ce monde, son histoire, et toujours dans un certain désordre que Fabrice Colin manie à la perfection. Le seul petit hic, c'est que son personnage principal est assez chiant. C'est presque un antihéros tellement son histoire de héros et ses talents d'espions sont chaotiques. Ce n'est pas Colin qui raconte mal, c'est moi qui n'apprécie pas trop tout ce qui est raconté : car si j'ai pu en avoir un peu ras le bol d'avoir un protagoniste principal toujours le cul entre deux chaises, il faut dire que ça permet au lecteur de ne pas se faire chier dans un dualisme bon/mal mais au contraire d'éveiller sa curiosité : retournement de situations, mensonges, révélations, courses-poursuites, course contre la montre, voyage à travers le monde, bref le roman est complet, plein d'épices et savoureusement addictif. Ce monde est génial. J'ai particulièrement apprécié ce que Colin a fait de Marx : un taoïste anarchiste opposé au dictat des entités. Quant à la fin du roman, elle laisse entendre plusieurs choses : elle n'est pas figée, et l'on se l'approprie comme on le souhaite. Personnellement, je l'ai trouvée très expéditive mais le fait est que je n'oublierai pas ce roman très marquant, riche en tanin et agréable en bouche. j'aime les livres capiteux qui font tourner la tête, et je peux vous assurer que je relirai ce roman un jour, j'en fait le serment.


Bref, j'ai lu un super livre. il s'agit là d'une des lectures les plus stimulantes, les plus impressionnantes de ces  derniers temps. Assurément un coup de coeur pour moi. Par contre, ça a été assez difficile de parler de cette lecture tellement il y a de choses à dire et à ne pas dire. En terme de steampunk, c'est surement un des plus jusqu'au-boutiste. Je le conseillerai donc à tous ceux qui aiment tout remettre en question, qui ont l'esprit critique et la nature curieuse. Une écriture clairement brillante et unique.

11 commentaires:

  1. Trèèèèès tentant, LOVD et très bel article!

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  2. J'approuve, ce roman est excellent. D'une grande richesse, très bien écrit, original à souhait. Un grand Colin.

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  3. Extrêmement tentant en effet!
    Fabrice Colin sera au salon du livre et de la presse jeunesse lundi 5/12 normalement. Peut-être une bonne occasion de lui dire en face? ^^

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  4. Je prends un retard considérable en Fabrice Colin, moi... La honte ! Et pourtant, au vu de ton article, je suis conquise !

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  5. Il était présent au Salon du Livre de Colmar aussi.
    En tout cas je suis contente que ce livre ait l'air si bien car il est prévu dans mes lectures de Décembre, et comme j'aime énormément cet auteur ce devrait être du bonheur ^^

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  6. Je suis content de provoquer la tentation !

    La dernière fois que j'ai vu Fabrice Colin (l'année dernière), j'avais dit que j'étais pressé de découvrir Dreamericana. J'ai pris mon temps mais ça valait le coup. J'éspère que ça incitera d'autres à le lire et à le remettre au gout du jour ^^

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  7. Noté.
    Si J'ai un jour l'occasion...

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  8. On m'avait déjà dit que c'était son meilleur livre... Tu sembles le confirmer. En tout cas, je le prépare pour les prochaines semaines, enfin je l'espère!

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  9. Je l'ai lu aussi il y a peu. C'est aussi à mon avis le meilleur livre de Fabrice Colin, dommage qu'il ressemblent plus par moment à un essai sur la littérature qu'à un roman.

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  10. Je dois d'ailleurs te féliciter pour la qualité de ta critique. Le genre d'article qui me ferait fermer boutique !

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  11. Snif snif, je l'ai lu et malheureusement je n'ai pas accroché, j'ai été littéralement mise en échec par ce livre dans lequel j'ai eu la sensation de naviguer dans un flou artistique complet. Cela dit je ne remets pas en cause Colin mais moi, visiblement ce livre n'était pas pour moi :(

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