samedi 24 décembre 2011

Coup de coeur 2011

Chaque fin d'année, on en arrive au fatidique "coup de coeur". L'année dernière, nous avions jeté notre dévolu sur le superbe ouvrage Abyme, guide de la cité des ombres,  un beau livre que toute personne un tantinet humaniste se doit d'avoir dans sa bibliothèque.


Pour cette année vous présenter quelques choses de plus steampunk, j'ai décidé d'élargir le jury de steam-littérature. Deux nouveaux membres viennent donc donner un petit coup de piston à ce blog pour relever un peu la vapeur.


Je vous demande donc d'accueillir comme il se doit le nouveau jury : Mamie Jeannette, Sméagol et moi même. Ensemble, nous avons décelé deux oeuvres majeures qui inviteront nos lecteurs à revenir lire mes fabuleux articles.
Mamie Jeanette, ex-bras droit d'Al Capone


LOVD : Mamie Jeannette, vous êtes désormais membre du jury du coup de coeur steampunk. Vos impressions ?
MJ : Oh, vous savez, à mon age ...
LOVD : Cette année, les découvertes ont été nombreuses, que ce soit en nouveautés ou en oeuvres plus anciennes ....
MJ : Oh, vous savez, à cet âge.
LOVD : Bref, Mamie Jeannette : qu'est ce qui fait selon vous  d'un ouvrage un véritable coup de coeur ?
MJ : Oh vous savez,  depuis que mon pauvre Robert me regarde de là haut, je me sens plutôt seule. Et comme y'a plus Derrick à la télé, y faut s'occuper. C'est pas à mon age qu'on va vire dans le présent, quand on voit tous ces jeunes avec leurs internets et leurs trucs modernes. Enfin, c'est exactement ce que je disais à madame Michelle quand elle est venue prendre le café l'autre jour, elle ...
LOVD : Très bien, très bien ! Mais racontez nous : quels sont les critères qui selon vous prédominent pour choisir un lauréat ?
MJ : Oh, vous savez, de mon temps on avait pas tous ces machins qui clignottent. Et on passait pas l'bac comme tous les p'tits jeunes : il fallait travailler à la ferme, on n'avait pas le choix ! C'était pas facile du teps d'la guerre ! Eh oui ! On d'vait bien gagner notre croûte comme on dit. Et c'est pas Madame Michelle qui m'contredira.
LOVD : Oui, très bien, mais alors, dites moi ce qui vous plait généralement, ce que vous aimez lire. Qu'y a t'il dans un coup de coeur steampunk ?
MJ : Oh, vous savez, c'est pas bien compliqué : La guerre, des super héros,  des génocides, des robots, des mutants, du feuilleton, des dirigeables, des intrigues politiques, des savants fous, des hommes-tigres, des agents secrets, des nazis, de la magie, et enfin de la baston.
LOVD : Merci Mamie Jeannette !
MJ : Oh ! Vous savez, à mon âge ...


Voyons maintenant ce que pense notre deuxième intervenant.
Sir Sméagol de la Gollumière, mannequin international


LOVD : Sméagol, bonjour
S :  NOooooooooooon ! Faites pas de mal à gentil Séagol !
LOVD : ça n'est nullement mon intention ; je désire juste vous poser deux trois questions sur le plan littéraire.
S : C'que nous voulons, c'est du feuilleton, et bien goutuuuuuuuuuuuuuuuuu !
LOVD : Feuilleton ? Vous voulez parler de procédés scénaristiques mettant en avant les rebondissements en fin d'épisodes, comme dans par exemple Plus belle la vie ?
S : NOooooooooooon ! ça les abiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiime !
LOVD : Vous préférez donc lire un roman unitaire qui se suffise en lui même. Un livre-monde en soi ?
S : Oui ... mon précieux ! Il est à moi ... et nous le voulons !
LOVD : Et pourquoi pas un roman dans le roman ? Vous même d'ailleurs en êtes un exemple : êtes vous en ce moment dans les Terres du Milieu, dans le monde de nos lecteurs, ou bien uniquement dans l'esprit malade du maître de ces lieux ?
S : Le maître est bon ?!
LOVD : Euh ... oui ! très certainement ! Bon, si je comprends bien, pour l'engrenage d'or du meilleur roman lu cette année, je me débrouille tout seul ?
S : GOLLUM ! GOLLUM !




Bon, alors sans aucune transition, en essayant de vous faire oublier la médiocrité que vous venez d'ingurgiter par vos yeux révulsés, voici les deux coups de coeur 2011


La Brigade Chimérique de Serge Lehman;Fabrice Colin et Gess aux éditions L'Atalante


Dreamericana, de Fabrice Colin aux éditions J'ai Lu


Avec une petite préférence en terme d'émotion pour le premier coup de coeur : Ce dernier est une véritable fresque qui entraîne une réflexion profonde et une relecture constante de notre histoire européenne. Le second est au contraire une lecture plus récréative basée sur une introspection individuelle (bien que Dreamericana remette lui aussi en cause la pertinence de notre notion de la réalité). il n'y a à ce jour aucune oeuvre véritablement "steampunk" au sens strict qui ait l'envergure d'une brigade chimérique.

Bref, c'est de la bombe cette année, et ni vu ni connu Fabrice Colin se retrouve dans les deux coups de coeurs. J'y peux rien, c'est peut être ça que les gens appellent l'amour. Bref, je ne peux que répéter mon enthousiasme pour ces deux lectures. Et j'ajouterais enfin une dernière fois sur le fait que La Brigade Chimérique est une oeuvre nécessaire. Cela dépasse nettement le plaisir de la lecture, le désir de récréation ou la masturbation uchronique : c'est à la seconde guerre mondiale ce que j'accuse ! est à la troisième république.


Dernière nouvelle : Je vous souhaite un joyeux noël, une bonne année, et je pars une semaine au ski. Après le stress que j'ai traversé, une petite pose s'impause. A l'heure où vous lisez ces mots, je serais déjà en train de dévaler les pistes de Super Besse. Niveau étoile d'or s'il vous plait !

Ah oui, au fait, 2012 sonne le glas du nom de ce blog. Adieu  infâme "Steampunk, SF et Fantasy", bienvenue à un truc bien plus mieux !

Lord Orkan Von Deck
Superbe en 2011
Fabuleux en 2012

mercredi 21 décembre 2011

Ma lettre au père noël

Cher Père Noël
Pour moi, cette fin d'année a été dure et laborieuse. Le début de la prochaine le sera aussi. J'ai été sage, j'ai fait tous les efforts du monde pour être gentil, je n'ai pas essayé de dominer le monde malgré mon potentiel intellectuel et mon charisme démesuré capables de sauver la planète de la crise structurelle dans laquelle elle s'est embourbée. Je n'ai pas renié ton existence comme me l'a conseillé récemment mon ami Friedrich Nietzsche, j'ai sauvé Rosita d'une odieuse attaque de puces et j'ai même copiné avec Xavier Mauméjean. Tu peux donc constater que j'ai été plutôt sympa, que j'ai fait plein d'efforts et que j'ai fait preuve d'abnégation. Alors je te demande en contrepartie de bien vouloir faire ton boulot, de pas me casser les grelots avec ta morale à deux ronds, et de bien vouloir me refiler les cadeaux que je mérite. T'es fonctionnaire, tu bosses pour moi. Et si c'est pas le cas, je préfère carrément ne plus avoir de rapports avec toi. Tu veux que je te rappelle quelle multinationale du soda t'a aidé à faire ton comeback ?
Alors fais pas chier, et aboule les bouquins !

Les mille-marche : jeu de rôle du Grümph édité par John Doe
Structura Maxima, d'Olivier Paquet, éditions flammarion

Ronde de nuit, de l'irremplaçable Sir Terry Pratchett, éditions Pocket

Druide, d'Olivier Peru. Editions Eclipse

Le Worldshaker, de Richard Harland. éditions Helium

Et puisqu'il faudra bien un jour que je devienne propriétaire ...
Cette coquette petite maison construite  façon Art Nouveau
Maintenant, fais ton boulot, sinon ...

mardi 20 décembre 2011

brêves

Si jamais vous avez l'occasion de passer dans un Lycée Professionnel, faites un petit tour dans le CDI , et lisez le dernier numéro de Lire au Lycée Professionnel. Vous aurez une petite surprise !

J'aurais normalement le droit de publier cette petite surprise sur mon blog d'ici quelques mois

dimanche 4 décembre 2011

Dossier spécial Art Nouveau : Alphons Mucha


Alphons Mucha, Fonfon pour les intimes (ou Mumu)


Aujourd'hui, je vous présente l'oeuvre d'un artiste que j'aime énormément : Alphons Mucha. Cet homme praguois a brillé à la toute fin du siècle de la vapeur et au tout début du siècle de l'électricité dans le grand Paris de la Belle Epoque. Peinture, affiches et publicités, il a tout fait. Mais une seule trace invariable : l'appartenance à l'Art nouveau. En effet, c'est le représentant légitime de la branche non-architecte de cette esthétique. Je me suis rendu compte que ça intéressait beaucoup les gens étant donné le nombre de recherches sur internet dédiées à l'art nouveau et tombant sur ce blog. Rien de bien étonnant : L'art nouveau est un des piliers de l'esthétique steampunk. Trop souvent mise de côté selon moi, elle vient apporter du paradoxe au gigantisme de l'esthétique industrielle : face aux passerelles de métal froides et sombre, quoi de mieux que de belles courbes végétales et de belles couleurs ?

Alphons Mucha a tendance à ne dessiner que des femmes. La plupart du temps, il réutilise ses vieux modèles, les modifie et refait un nouveau chef d'oeuvre avec les même pots de confitures. Vous remarquerez d'ailleurs toute la variété de son oeuvre, et en même temps vous ne pourrez que constater les récurrences visibles.

Bref, Alphons Mucha est pour moi un des artistes que j'affectionne le plus. Si jamais vous voulez m'offrir un petit quelque chose pour Noël, offrez moi une grande affiche d'1,5m de longueur représentant une des muses de Mucha. 










jeudi 1 décembre 2011

Dreamericana, de fabrice Colin



Synopsis : Hades Shufflin est un célèbre écrivain américain surtout connu pour un cycle qu'il a débuté en 1981 portant le nom du "cycle d'Antiterra". Cette longue série de best-sellers retrace une véritable fresque steampunk d'un XIXème siècle alternatif où deux camps se battent le monde comme une partie d'échec : Les voyageurs et les gardiens. Ces romans sont tellement adorés que Stanley Kubrick lui même a l'intention de mettre à l'écran le futur opus dans une réalisation révolutionnaire. Sauf qu'Hades Shufflin, auteur blasé, a le syndrôme de la page blanche. Il est habitué à vivre son univers, à le sentir, puis à écrire automatiquement ce qui lui tombe à l'esprit. Et puis plus rien, le vide. Shufflin commence à traverser une crise d'identité très forte et sombre dans une forme de dépression, si ce n'est la folie. Que lui arrive t'il ? Certains éléments de son passé ne seraient-ils pas orchestré par les voyageurs et les gardiens ? Où est passé son premier amour ? Le héros de ses romans seraient-il son propre fils ? Ce genre de question ne cesse de le hanter, jusqu'au jour où ...




Introduction : Vous savez à quel point j'aime le travail de Fabrice Colin, et c'est donc naturellement que j'ai voulu lire ce roman, le plus steampunk de tous. Surement le seul roman qui parle de roman de steampunk. Cependant, les quelques chroniques trouvées ça et là sur internet ne sont pas tout à fait élogieuses. On entend généralement dire "le début est vraiment pas mal, super ambitieux, et puis la deuxième partie devient trop complexe, et on s'y perd un peu, on ne suit plus, on ne sais pas quoi comprendre". En effet, le roman est divisé en deux : la première partie est un corpus de documents racontant l'histoire et la crise de l'écrivain (on sait comment Colin aime déstructurer le roman et faire parler des personnages torturés), la seconde partie, c'est carrèment le roman dans le roman : il s'agit du roman steampunk que Shufflin doit écrire. Vous en dire trop à ce sujet serait vraiment dommageable pour les futurs lecteurs. Mais sachez que je ne suis pas de l'avis de Cédric Ferrand : J'ai autant aimé la fin que le début de ce roman. Ce n'est pas pour rien qu'il a reçu le grand prix de l'imaginaire 2004 (GPI comme dirait l'aut' !) ; ce n'est pas pour rien que notre ami Colin en a fait le nom de son site internet. Dreamericana est une tuerie. Hop ! Prends toi cette vérité absolue dans la gueule, lecteur !




Première partie.Le début du roman est assez sympathique : on a un pastiche de Thriller américain que Fabrice Colin maitrise en inversant les chronologies, en nous donnant plusieurs axes de lectures, en nous présentant des éléments qui nous semblent d'abord superficiels mais qui se révèlent finalement être fondamentaux. Même les dates sont importantes. Les descriptions. Les noms des gens. Tout à son importance car comme dans un rêve, ce que l'on phantasme est en fait l'expression évoluée d'une autre réalité. Bref, une première partie en tout point réussie (ne parlons même pas du style fluide, complet, sans tabou de l'auteur et de sa tendance à mettre plein de références partout). L'histoire d'un homme qui a tout mais qui sombre peu à peu dans la mélasse. Mais bien évidemment, cela n'aurait aucun intérêt si l'on ne pouvait pas lire la seconde partie qui est, il faut l'avouer, la raison pour laquelle on achète ce livre.


Le roman dans le roman.La deuxième partie du roman nous dépeint un monde correspondant parfaitement à un steampunk sans cliché. C'est un monde très étonnant où le XIXème siècle voit apparaître deux types d'entités : les voyageurs et les gardiens. Les voyageurs sont grosso modo des voyageurs du temps qui sautent de monde en monde pour retrouver la source même de la vie, l'origine de l'humanité. De l'autre côté se trouve les gardiens qui eux veulent à tout prix empêcher leurs ennemis de découvrir le vérité. Et tous se retrouvent bloqués dans le monde d'Antiterra que devient ainsi l'échiquier de ces deux forces qui vont manipuler, comploter et tenter d'avoir l'avantage sur l'autre. Le véritable enjeu immédiat pour les habitants d'Antiterra ? Rien de moins que la fin du monde. Et c'est dans cette lutte un peu obscure que l'on découvre un monde totalement fascinant, avec sa technologie avancée, sa géopolitique, ses guerres, sa propre histoire (divergence en 1851 si ma mémoire est bonne) et ses espions. D'un côté, il y a Dreamericana, une grande nation formée à partir des Etats Unis et de la Russie, ainsi que son alliée l'Angleterre. De l'autre, il y a l'Empire Allemand de bismarck ligué à la France de Napoléon III. Les tensions montent entre les hommes. Les voyageurs et les gardiens n'y sont pas pour rien. Autre élément fondamental : le monde est plongé depuis de nombreuses années dans une ère glaciaire terrible. Bref, il y a plein d'éléments très riches, plein de choses à découvrir sur ce monde, son histoire, et toujours dans un certain désordre que Fabrice Colin manie à la perfection. Le seul petit hic, c'est que son personnage principal est assez chiant. C'est presque un antihéros tellement son histoire de héros et ses talents d'espions sont chaotiques. Ce n'est pas Colin qui raconte mal, c'est moi qui n'apprécie pas trop tout ce qui est raconté : car si j'ai pu en avoir un peu ras le bol d'avoir un protagoniste principal toujours le cul entre deux chaises, il faut dire que ça permet au lecteur de ne pas se faire chier dans un dualisme bon/mal mais au contraire d'éveiller sa curiosité : retournement de situations, mensonges, révélations, courses-poursuites, course contre la montre, voyage à travers le monde, bref le roman est complet, plein d'épices et savoureusement addictif. Ce monde est génial. J'ai particulièrement apprécié ce que Colin a fait de Marx : un taoïste anarchiste opposé au dictat des entités. Quant à la fin du roman, elle laisse entendre plusieurs choses : elle n'est pas figée, et l'on se l'approprie comme on le souhaite. Personnellement, je l'ai trouvée très expéditive mais le fait est que je n'oublierai pas ce roman très marquant, riche en tanin et agréable en bouche. j'aime les livres capiteux qui font tourner la tête, et je peux vous assurer que je relirai ce roman un jour, j'en fait le serment.


Bref, j'ai lu un super livre. il s'agit là d'une des lectures les plus stimulantes, les plus impressionnantes de ces  derniers temps. Assurément un coup de coeur pour moi. Par contre, ça a été assez difficile de parler de cette lecture tellement il y a de choses à dire et à ne pas dire. En terme de steampunk, c'est surement un des plus jusqu'au-boutiste. Je le conseillerai donc à tous ceux qui aiment tout remettre en question, qui ont l'esprit critique et la nature curieuse. Une écriture clairement brillante et unique.
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