Janua Vera, de Jean-Philippe Jaworski
Intrigue(s) : Je n'ai jamais été un grand lecteur de nouvelles. Le seul intérêt d'une nouvelle m'a souvent semblé être sa rapidité et sa petitesse, contrairement à un roman long qui ne mérite peut-être pas 250 pages pour mettre en scène une intrigue qui n'en vaut pas la peine. Mais si ça peut aller pour une nouvelle, comment faire pour en rassembler 8 dans un même ouvrage tout en conservant une certaine unité ?
C'est ce qui est assez interessant ici, ces 8 nouvelles totalement différentes les unes des autres forment à elle seules un tout cohérent, avec des lignes directrices, une ambiance commune. Voyons plus en détail l'intérieur de ce jolie petit bijoux littéraire.
• Janua Vera
Alors, je vous sens venir avec le terme d' "éponymie". Faites très attention mes chers amis, "éponyme" signifie "qui donne son nom à" et non pas "qui tient son nom de". Cette nouvelle éponyme nous narre donc la fin d'un roi-dieu torturé par ses cauchemars. Histoire pas forcement très agréable ni intéressante, mais parfaite introduction pour rentrer dans l'environnement décadent et pourrissant du Vieux Royaume.
• Mauvaise donne
La meilleure et la plus longue des nouvelles de ce présent recueil. C'est ici un prélude à Gagner la guerre puisqu'on y lit les aventures de Benvenuto, un assassin qui se retrouve dans une merde noire, chasseur chassé par les pions d'un jeu d'échec politique dont il devra démêler les ficelles. On y découvre les charmes et les horreurs de la splendide ville de Ciudala, Venise romanesque aux parfums de mystères, de guerres et d'infinies richesses. Sans conteste la meilleure production du recueil.
• Le service des dames
Un héros, un chevalier comme on n'en fait plus. Il doit traverser un pont, mais pour cela, il doit rendre service à une Dame : venger la mort de son défunt mari. Parfois, les femmes sont très manipulatrices ... Un parfait scénario de jeu de rôle. Une écriture agréable pour du combat, de la noblesse, du sang et de la bassesse?
Un héros, un chevalier comme on n'en fait plus. Il doit traverser un pont, mais pour cela, il doit rendre service à une Dame : venger la mort de son défunt mari. Parfois, les femmes sont très manipulatrices ... Un parfait scénario de jeu de rôle. Une écriture agréable pour du combat, de la noblesse, du sang et de la bassesse?
• Une offrande très précieuse
Une nouvelle doublement intéressante. D'une part pour la focalisation : On suit les aventures d'un barbare, d'une bête assoiffée de sang qui cherche à survivre. On n'a pas l'habitude de connaître le point de vue de cette racaille wisigoth. D'autre part pour l'introspection : on fouille dans les souvenirs refoulés du vandale et y trouve une profondeur brutale qu'on n'aurait pu imaginé nous même. Il y a un brin de magie, et la magie opère.
• Conte de Suzelle
On suit le parcours dans la vie d'une petite villageoise sans grande particularité. Très poétique, très touchant, ce conte nous fait penser étrangement à Un coeur simple de Gustave Flaubert ou à toutes les nouvelles du réalisme de Maupassant. On se croirait dans la Normandie profonde du XIXème siècle sauf qu'on est ici dans un univers sans limite ni repères (du point de vue de la protagoniste). Pas ce qu'il y a de plus vivant, mais c'est extrêmement émouvant.
• Jour de guigne
Jaworski change radicalement de registre, et vient nous présenter ici une farce rablaisienne où l'on suit les déboires d'un copiste atteint du syndrome de Palimpseste : une malédiction touchant les pauvres hommes qui s'aventurerait à écrire par dessus un parchemin magique mal effacé. Ce qui est triste devient drôle car la malédiction fait de ce malheureux l'homme le plus malchanceux de l'univers ! Et croyez moi, on découvre ce que c'est d'avoir réellement la poisse !
Jaworski change radicalement de registre, et vient nous présenter ici une farce rablaisienne où l'on suit les déboires d'un copiste atteint du syndrome de Palimpseste : une malédiction touchant les pauvres hommes qui s'aventurerait à écrire par dessus un parchemin magique mal effacé. Ce qui est triste devient drôle car la malédiction fait de ce malheureux l'homme le plus malchanceux de l'univers ! Et croyez moi, on découvre ce que c'est d'avoir réellement la poisse !
• Un amour dévorant
A partir de là, Jean Philippe Jaworski m'a perdu : Beaucoup moins urbain, beaucoup trop attaché au style d'écriture, la nouvelle se passe dans une ambiance rurale profonde où les croyances effrayantes et les non-dits semblent provoquer des phénomènes étranges. Il y a là de quoi enquêter.
A partir de là, Jean Philippe Jaworski m'a perdu : Beaucoup moins urbain, beaucoup trop attaché au style d'écriture, la nouvelle se passe dans une ambiance rurale profonde où les croyances effrayantes et les non-dits semblent provoquer des phénomènes étranges. Il y a là de quoi enquêter.
• Le Confident
Ultime nouvelle qui m'a peut être un peu plus emballé. Dans un soucis religieux, un homme s'est cloîtré dans une obscurité totale et nous dévoile ses pensées et ses états d’âme. A t'il perdu la tête où juste le cours du temps ? En tout cas, la méditation lui a permis de penser aux morts, et peut-être même de les côtoyer ... Une jolie confession d'un homme de Dieu.
En Bref : Bon, ben soyons clairs et justes : Janua Vera mérite nettement sa réputation. Chaque nouvelle est intelligente, intéressante, et je dirais même "utile". C'est très rare dans la Fantasy, ce pourquoi je pense que JPJ vient vraiment apporter de l'eau à un moulin qui tourne au ralenti depuis un bon moment. Le genre de Fantasy qui pourrait être lu en Mainstream ou bien étudié à l'université. Le style de l'auteur est assez époustouflant, d'autant plus qu'il flirt avec les genres, rend des hommages aux romanciers, aux poètes, aux clercs et aux derniers chevaliers. Plutôt que de dessiner grossièrement les contours d'un monde inventé (avec une carte, un bestiaire, des races, etc), il a l'idée ingénieuse de nous le mettre en tête pour qu'on se le dessine nous même. Ainsi, le lecteur doit faire sa part du boulot, Janua vera n'est pas pour les fainéants mais pour les amateurs des belles lettres, de la diversité et de la finesse.
Une très belle lecture qui mérite que je vous parle de Te Deum pour un Massacre et surtout que je lise un jour la suite des aventures de Benvenuto de Ciudala dans Gagner la guerre.
A bientôt pour une nouvelle chronique,
Toujours de la fantasy onirique,
D'un auteur autant français et malin,
Mais qui aime plus les elfes et les nains.
Lord Orkan Von Deck

Alors, je suis en pleine lecture ! Enfin, j'ai lu la première nouvelle... et je ne suis déjà pas d'accord avec toi :) Je l'ai littéralement adorée, ne serait-ce que juste pour l'établissement du personnage du roi et pour les premiers paragraphes dès qu'on passe une partie... Je m'expliquerai mieux quand j'aurai fini le recueil, enfin j'essaierai :)
RépondreSupprimerRavie que ce recueil t'ai plu, il rentre facilement dans mon top des meilleurs livres lus ces dernières années je crois ^^
RépondreSupprimerSinon pour ce qui est de ton interrogation sur la nouvelle, c'est un genre que j'apprécie beaucoup pour ma part (sans doute parce que je lis beaucoup de fanfictions de préférence sur des formats courts qui pourraient s'assimiler à des nouvelles), parce que la petite taille demande une approche différente, plus efficace, plus centrée sur une idée ou une atmosphère. Je trouve que ça demande une certaine virtuosité d'écrire une bonne nouvelle (du genre qu'on n'oublie jamais), et encore plus d'en écrire plusieurs ^^.
Sur Janua Vera ce qui est chouette, comme tu l'indiques, c'est qu'on dresse petit à petit le portrait de l'univers par ses nouvelles, de façon bien plus intéressante que si tout le bouquin était autour du même gars.
(ce qui arrive dans Gagner la guerre et se passe très bien, mais quand même j'aime me souvenir que son univers abrite autant de Don Benvenuto que de Suzelle ^^)
Chronique intéressante et qui m'a donner envie, éventuellement, de découvrir cet ouvrage un jour ou l'autre.
RépondreSupprimerSinon, bien contant de te revoir sur ton blog ;)
@ Neph : Impatient de connaitre ton avis !
RépondreSupprimer@ Calenwen : Je suis d'accord avec toi, la nouvelle n'est pas un roman en plus court mais bien un autre format qui demande d'autres qualités d'écriture. En l’occurrence, il est peut être sage de découvrir le vieux royaume avec plein de petits personnages comme Suzelle pour ensuite partir dans une grosse aventure d'un seul des héros. Une belle msie en bouche quoi !
@ Féanor : Je pense que tu aimeras beaucoup. Et je pense que tu aimeras Gagner la guerre. Merci d'être passé
@ Tous : savez vous comment on fait pour activer la fonction "répondre" pour les commentaires dans Blogger ?
Lis vite Gagner la Guerre, c'est vraiment un roman génial !
RépondreSupprimerA vos ordres !
SupprimerDés que je le trouve en Occasion !
J'ai a-do-ré. Enfin de la fantasy vraiment bien écrite, avec des scénarios vraiment intelligents. À mon avis une de mes meilleurs lectures de ces dix dernières années. Drôle que tu fasses cette rubrique maintenant, j'ai reçu Gagner la Guerre pour Noël, je suis en plein dedans, et c'est vraiment de la même tenue que Janua Vera.
SupprimerPS: Jaworsky est prof de lettres, pas d'histoire me semble t-il.
"savez vous comment on fait pour activer la fonction "répondre" pour les commentaires dans Blogger ?"
RépondreSupprimerAlors là, je ne l'avais jamais remarquer cette fonction ;)
C'est tout nouveau : il faut faire une petite modification dans les paramètres de blogger, section "commentaires".
SupprimerJe trouve ça quand même bien pratique ^^
Un très bon recueil, qui m'a fait découvrir Jaworski. J'avais lu "Gagner la Guerre" chez les Moutons par la suite !
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