Après un premier tome (Souffre-jour) qui se termine dans un grand fracas de retournements de situations, de gerbes de sang et de révélations, nous retrouvons le jeune Agone dans de nouvelles aventures, un nouvel endroit, entouré de nouveaux personnages.
Lorgol, cité des mille tours dans le Royaume d’Urguemand. Dans l’ombre, Agone retrouve les traces de son passé. Après avoir soutenu les projets du farfadet Lerschwin, le jeune homme va apprendre la magie dans le plus grand des secrets, grâce aux enseignements du mage nommé Sarne.
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| Ici : Agone, son cistre, son épée Pénombre, en train de manipuler un danseur |
La magie dans cet univers est complexe : il y a d’abord les arts magiques. C'est-à-dire que l’ont peu faire de la magie à partir de la pratique particulière d’un art (la musique, la peinture, etc ...). Agone maitrise par exemple l’Accord, la magie liée à la musique qui permet de pénétrer dans les esprits. Mais il faut savoir qu’il y a une école pour chaque instrument : Agone est de l’école du cistre, et celle-ci a ses propres valeurs, des valeurs parfois opposées aux écoles du clavecins, de la flute, etc.
Il existe d’autres arts magiques. Le Decorum par exemple permet à un peintre de modifier un environnement en le peignant.
La deuxième grande catégorie de magie est l’Emprise. L’Emprise est une forme de magie apprise dans les académies du Cryptogramme-Magicien. Ce Cryptogramme-Magicien est une organisation très codifiée qui détient un pouvoir presque politique sur les royaumes de l’Harmonde. Pour pratiquer cette magie, on a besoin des « danseurs », des tous petits êtres visibles uniquement par les initiés, et qui une fois attrapés dansent selon la volonté de leurs maitres magiciens, ce qui ensuite provoque un sort magique.
Ce qui est intéressant, c’est qu’il y a 3 façon de pratiquer l’Emprise au sein du cryptogramme magicien, et ce sont trois écoles radicalement différentes, avec leurs propres idéologies, leurs propres manières de manipuler les danseurs. Il y a les tout d'abord les jornistes, qui font une magie plutôt blanche, axée sur le curatif et la défensive. Le jornisme considère les danseurs avec respect, comme si c'était une créature sacrée. Ils sont considérés comme des magiciens de bas étages tout juste bons à animer les foires. La deuxième école est celle des Eclipscistes (celle à laquelle est initiée Agone), elle joue sur les faux semblants, manipule et se fait discrète. L'Eclipse créé un lien empathique avec les danseurs. Mais les eclipsictes sont du genre à ne jamais se mouiller totalement, à aller dans le sens du vent, ou à complter (mais c'est finalement le cas de tous le monde). Enfin, il y a l'école des Obscurantistes : ces derniers sont dans une magie puissante, agressive et ravageuse. Pour cela, ils enchainent (au sens magique) leurs danseurs comme des esclave, et sont prêt à les utiliser et les tuer au nom de la puissance offensive. La magie nait ainsi de la douleur (et non plus de l'amour ou de la persuasion). Les obscurantistes ont l'air de méchants, mais ce n'est pas ce qu'ils sont, les obscurantistes sont balaises, sans pitité, et ils font pas de sentiments. bref, c'est pas des tarlouzes, et ils ont trop la classe.
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| Une couverture assez ratée je trouve |
Avec toute la subtilité de l'écriture que l'on connait de Mathieu Gaborit (suggérer plutôt que trop en montrer), ce deuxième roman apporte vraiment de l'eau au moulin du premier : Alors que nous suivions auparavant Agone dans le cheminement qu'il subissait sans tout comprendre, Les danseurs de Lorgol nous offre vraiment la possibilité de comprendre comment fonctionne le monde, et sans qu'il n'y ait qu'une seule ligne directrice, nos yeux de lecteurs se trouvent attirés par un fourmillement d'intrigues, de personnages et de savoirs. La dimension politique s'affermit, les grandes forces et idées qui dominent le monde se dépeignent. Le lecteur appréciera la relation du héros avec son épée capricieuse, Amertime la fée noire en fauteuil roulant, le censeur Arbassin et bien d'autres encore.
On doit cependant regretter quelques lacunes du roman. Tout d'abord, j'ai trouvé cela dommage que les différentes "races" peuplant le monde ne soient pas mieux expliquées et décrites. On en apprend pas mal sur les lutins et les fées noires, mais on ignore encore beaucoup des nains, des ogres, des farfadets et autres créatures. Je conseille à tout le monde d'agrémenter sa lecture de quelques recherches dans le jeu de rôle Agone par le biais du site internet Souffre-Jour. Autre problème selon moi : l'intrigue se passant uniquement dans la ville de Lorgol, on ne voyage pas beaucoup. Et ce qui est dommage, c'est qu'on parle de temps en temps des autres contrées de l'Harmonde sans en savoir grand chose. On a quelques toutes petites informations sur Keshe et la Janrénie, quelques brèves phrases sur la Liturgie et c'est tout. Merde ! A quoi ça sert d'avoir une carte du monde si le roman ne l'exploite pas ?! Enfin, je dois dire que j'ai trouvé une fois de plus la fin du roman un peu trop surfaite : Il y a un grand chambardement d'envergure, et Agone se retrouve par le plus grand des hasards propulsé sous les projecteurs. Selon moi, les choses ont été un peu exagérées.
Mais ce que j'ai vraiment adoré dans ce roman, c'est la part de l'ombre. N'oublions pas que nous suivons un jeune éclipsiste, au centre de nombreuses machinations, complots, traîtrises et vengeance. Il ne lui arrive pas que des bonnes choses, mais il finit toujours par s'en sortir. Et ce qui est génial, c'est que du début à la fin du roman, il change subtilement de position. Tout le monde est un peu connard sur les bords, et c'est pas parce qu'on est des héros qu'on doit forcement véhiculer des valeurs humanistes. D'un certain sens, Agone ne remet pas en cause le système féodal, ni la nomenklatura magicienne. Et de l'autre côté, certains "méchants" sont mus par des intentions foncièrement "bonnes". Mon gros coup de coeur est pour le personnage de Lerschwin, un farfadet qui a des plans bien rodés. Les farfadets sont ainsi : ils aiment convaincre, persuader et manipuler les gens pour leurs propres fins. Sauf que son idéal vaut certainement mieux que celui d'Agone (personnage finalement plein de contradictions et vide de valeurs). Tout repose sur la subtile esquisse de faux-semblants et d'entourloupes bien placées, et c'est certainement l'histoire de l'éclipsiste Lerschwin qui m'a le plus plu. Si Gaborit avait été un auteur banal, c'est surement ce personnage qui aurait été le principal protagoniste. Seulement Mathieu Gaborit est un auteur excellent et unique, et il me le prouve une fois de plus en choisissant la difficulté et la subtilité.
LOVD, qui peut enfin dire "Krépuskulair c d'la bal"















