Tout ça pour dire que ce weekend là, la websérie "Flander's Company" présentait au public ce qui pourrait bien être le dernier épisode de sa dernière saison. Créé en 2008 par Rudy Pomarede, déjà habitué aux séries amateurs avec "Damned", ce programme diffusé sur internet et sur la chaîne No Life a joui d'un certain succès sur la toile. Assez pour avoir des tonnes de fans prêts à dessiner une infinité de fanarts, à se ridiculiser en pratiquant le cosplay, à faire la queue durant des heures pour obtenir l'autographe d'un comédien amateur. la "FC" est donc un phénomène ressenti sur la toile qui est parvenu à sortir, toutes proportions gardées, dans les rayons de la Fnac et dans les programmes de télévision. Remarques intéressantes : 1 point. Mais une autre chose assez singulière : tout comme une certaine série française dont je ne cesserai de vanter les mérites, la Flander's Company parle de manière décalée de super héros. Même plus : les personnages principaux sont des super vilains ... Remarques intéressantes : 2 points. J'ai donc pensé qu'il serait temps pour la Flander's Company de passer sur le corbillard de mon illustre blog pour se faire disséquer par l'auguste Orkan von Deck. Allons y sans anesthésiant : la plaie n'est que superficielle.
La Flander's Company, c'est le savoureux mélange entre le monde de l'entreprise et celui des super vilains. Le monde des requins en somme. L'idée de la Flander's, c'est que les super héros font appel aux services d'un prestataire pour se fournir en ennemis,vilains et autres nemesis. La mission de la Flander's Company est donc de recruter des super méchants potentiellement opposables aux super héros. Cette entreprise assez cocasse est composée d'Armand Truman, héritier et directeur de la boite de papa, Hippolyte Kurtzmann le très maniéré est sadique DRH prêt à faire subir n'importe quels sévices aux jeunes recrues sans perspectives d'avenir, Cindy, une charmante jeune fille à l'ADN de troll qui a tendance à taper sur n'importe quoi, et enfin Caleb, scientifique pantouflard dont le comportement caféinomane et dilettante cause parfois de gros dommage.
Saison 1 : Avec cette première étape, le réalisateur nous invite à découvrir la vie d’entreprise de la Flander’s. On s’amuse à découvrir la rapacité du directeur, la bonhomie du psychologue d’entreprise, la violence écervelée de la stagiaire à couette, la paresse du scientifique un peu foldingue mais surtout le caractère bien trempé du DRH. En effet, la plupart des épisodes tournés aux moyens rudimentaires dépeignent les entretiens d’embauche que mène monsieur Kurtzman, bureaucrate sadique et complètement horrifié par les hordes de dégénérés du bulbe qui viennent présenter leurs super pouvoirs de super vilains. La plupart du temps, il s’agit en fait de super cons en possession de pouvoirs super pourris. Cette saison est assez lourde, répétitive et introduit à mon sens assez mal la vie d’entreprise. Trop brouillonne à mon sens.
Saison 2 : C’est là que tout commence. Mieux filmés, plus scénarisés, les épisodes de cette saison offre des histoires plus complètes, plus intéressantes. On va voir la Flander’s Company subir un choc terrible : Grâce à une OPA, une société rachète par surprise la FC, évince son directeur et commence à faire subir les pires outrages aux employés pour les forcer à la démission (un peu comme dans De gré ou de force, vieux téléfilm dont peu se souviendront, mais qui avait le mérite d’être une œuvre sociale réaliste avec pour acteur principal le fabuleux Philippe Duclos). Les membres de la FC souffrent, partent un à un, mais la riposte viendra. Cette saison est vraiment mieux, car la thématique de la vie de bureaux est vraiment fouillée, et celle des super héros aussi. Le scénario, le montage, les effets spéciaux et les scènes de combats sont vraiment bluffantes. Par rapport à la première saison, c’est un succès.
Saison 3 : Après avoir repris la main sur l’entreprise familiale, le directeur Truman doit maintenant la faire fonctionner et réparer les erreurs subies par le catastrophique bilan du de la CC Corporation. Mais voilà, tout ne se passe pas comme prévu (forcément), et une bande de superhéros surboostés apparaissent et commence à buter tous les super vilains, mais pour de vrai. La situation devient vraiment chaude pour cette entreprise, habituée à pactiser avec les héros pour faire de la mise en scène. Qui sont ces « gentils » ? Et pourquoi veulent-ils tant détruire la FC ? Mais surtout : Comment faire pour poutrer la gueule à ces connards ?! Bon, il s’agit là à mon avis du vrai bijou de Rudy Pomarede. Un scénario au summum, mise en scène pro et des combats époustouflants. Mais surtout, ce qui est assez génial, c’est que pour la première fois, une série traite le sujet de l’héroïsme à contre-courant : les gentils sont trop gentils, et les méchants sont peut être simplement … pragmatiques.
Saison 4 : Dernière saison. Celle qui se veut être la plus technique, l’ultime qui clôt la chaîne. Pour des raisons que vous découvrirez, une faille spatiotemporelle a projeté Hippolyte et Caleb dans un monde parallèle, et leurs personnalités alternatives sont quant à elle tombées à la Flander’s Company. Sauf que dans le monde parallèle, la Flander’s Company est une agence de super héros. Des vrais ! On se retrouve donc dans une série assez intéressante où tout tourne sur la faille spatiotemporelle et les contrastes entre les deux mondes. C’est assez plaisant de voir les comédiens jouer des rôles très différents de ceux auxquels ils sont habitués. Cependant, malgré tout le travail et l’effort produit, j’ai trouvé cette dernière saison assez fade. Même si c’est bien foutu, les combats sont géniaux, je n’ai pas retrouvé l’émotion et le côté épique présent dans la troisième saison.
Conclusion : une série novatrice de par son approche des comics (d’une part ce sont des vilains, d’autre part c’est dans une entreprise). Une réalisation qui va en se bonifiant faite par le talentueux Rudy Pomarede, des scénarios qui se complexifient et des personnages qui prennent de la couleur et du fond avec le temps. Cependant, il faut dire ce qui est : la plupart des acteurs ne sont pas des comédiens, mais des geeks. C’est donc très mal joué, sauf quelques exceptions, on alterne entre des caricatures de jeux comiques et des caricatures de jeux sérieux. Mais je n’irais pas jusqu’à dire que les comédiens n’ont pas de talent : ils ont juste trop regardé de mangas japonais et tenté de reproduire ça en France. Grosse erreur je trouve : les musiques japonaises sont prises de tête, et je pense que les moments où la série a su s’affranchir de ce « japanisme » ambiant ridicule, elle a vraiment su prendre son ampleur et prouver le talent de ces comédiens.
Je finirai donc par dire que la FC est une belle réussite de la websérie française. Moins « pro » que le visiteur du futur, elle a néanmoins été très travaillée et ne lésine pas sur les effets spéciaux. Comme quoi l’argent ne fait pas tout : le travail l’expérience et le temps sont la clé de la réussite. Un gros bravo à Rudy Pomarede pour son investissement dans son projet, et j’invite bien évidemment les blogolecteurs à découvrir sans tarder la série, particulièrement la saison 2 puis la 3. Cette dernière a failli me faire chialer, et le final est grandiose.
Lord Orkan Von Deck,
« Parcequ’être méchant, c’est swag ! »